La Biosécurité Concernant
Les Organismes Vivants Modifiés

 

 

 

 

par Anne R. Kapuscinski
Department of Fisheries and Wildlife
University of Minnesota
Minneapolis, Minnesota, USA

 

 

pour

The Edmonds Institute
20319-92nd Avenue West
Edmonds, Washington 98020
USA

 

1997

 



Ce rapport consiste des commentaires préparés pour un atelier lors de la seconde réunion du groupe de travail ad hoc du protocole sur la prévention des risques biotechnologiques. Plus de détailes sur les idées presentées dans ce rapport ce trouvent dans Edmonds Institute (1996).

 

 

Que sont les organismes vivants modifiés?

Les organismes vivants modifiés (OVMs) sont des organismes dont le matériel génétique a été modifié d'une manière qui ne se produit pas naturellement, que ce soit par croisement ou par recombinaison naturelle. Le terme "OVM" s'applique principalement aux organismes modifiés par isolation de l'ADN, la manipulation ou recombinaison chimique de la structure de l'ADN, et l'insertion de l'ADN recombiné dans le matériel génétique d'un organisme vivant dans le but de changer son hérédité.

Dans ce rapport, cette désignation d'organisme vivant modifié (OVM) s'applique en gros à: un organisme dont le matériel génétique est modifié par la transformation (recombinaison) de son propre matériel génétique ou bien l'insertion de matériel génétique étranger qui peut venir d'autres organismes ou d'autres taxa; la transplantation d'organelles allulaices; les suppressions de gènes; les fusions de gènes; l'hybridation interspécifique; et les manipulations de chromosomes. L'accent n'est pas mis ici sur les manipulations génétiques impliquant des êtres humains, ou les modifications génétiques traditionnelles de plantes par hybridation intra ou interspécifique ou la manipulation de chromosomes de plantes. Nous ne voulons pas impliquer que tout OVM requiert les formes les plus exhaustives possibles d'évaluation.

S'agissant des questions de biosécurité, il est particulièrement important de savoir si l'OVM montre des traits nouveaux, c'est-à-dire des traits qu'on ne voit pas dans l'organisme non-modifié. La nouveauté du trait peut être soit un changement de qualité soit un changement de quantité. Un exemple de changement de qualité est une plante modifiée pour secréter un pesticide dans ses propres feuilles ou autres tissus. Un exemple de changement de quantité est l'augmentation énorme (5 à 10 fois) de la vitesse de croissance normale d'un poisson transgénique.

A présent, il est possible de produire (et des différents biotechnologistes ont déja produit) une très grande variété d'OVM avec une énorme variété de traits nouveaux en modifiant toutes sortes d'espèces. Quelques exemples qui posent des soucis de biosécurité dans certains écosystèmes sont:

  • les plantes transgéniques avec espèces sauvages apparentées;
  • les plantes transgéniques avec mauvaises herbes apparentées;
  • les plantes de pâturage qui peuvent se reproduire par elles-mêmes;
  • les plantes transgéniques pour usage industriel;
  • les plantes transgéniques exprimant des produits pharmaceutiques;
  • les micro-organismes modifiés pour la rémédiation, l'expression de pesticides, ou l'amélioration de la fixation d'azote;
  • les arthropodes transgéniques;
  • les algues eucaryotes;
  • les arbres transgéniques;
  • les poissons transgéniques.

Pour les OVM des poissons, crustacés, et mollusques, le Départment d'Agriculture des Etats Unis a développé un guide non obligatoire pour l'évaluation et la gestion des risques génétiques et écologiques (ABRAC 1995). Une centaine de spécialistes de formation et expérience diverses on participé au développement de ce guide. Ils ont décide que des OVM présentant des traits nouveaux et non familiers, posant doncs des questions de biosécurité, peuvent être produit par trois méthodes:

1. production d'hybrides par croisement artificiel de 2 espèces différentes (non pas de 2 variétiés de la même espèce);

2. manipulation du nombre de compléments de chromosomes (par exemple, production de poissons ou d'huîtres triploïdes ou tétraploïdes); ou

3. méthodes transgéniques - le transfert délibéré d'un gène specifique ou de régions specifique d'un gène.

Il est aussi important de comprendre que l'évaluation et la gestion des risques écologiques des OVM doivent tenir compte de la possibilité de libération accidentelle ainsi que de la survie et du développement des germes ou "propagules" (c'est-à-dire les étapes de vie pour la propagation de l'organisme). Ce point s'applique, par exemple, aux graines, aux spores, aux pollens, aux oeufs fertilisés des poissons, crustacés, mollusques, insectes etc. - qui peuvent etre très petits et difficile à contenir dans plusieurs espèces.

Il existe diverses différences principales entre les sortes de changements de traits qui sont possibles avec les méthodes modernes de production d'OVM, en comparaison aux méthodes classiques de croisement et sélection génétiques:

1. Il est beaucoup plus facile d'introduire un gène (codifiant une protéine) qui ne se trouve dans aucune population de l'espèce. Ce gène peut venir d'une espèce très eloignée quant à relation évolutioniste. Cette introduction augmente les possibilités de produire des organismes montrant des traits nouveaux du point de vue de la physiologie de l'organisme ainsi que du point de vue du déclenchement des risques biologiques si l' OVM est liberée dans l'environnement.

2. Même quand le gène introduit ressemble à un gène qui se trouve dans cette espèce, il est maintenant possible de changer la quantité d'expression du gène, le moments dans le cycle de vie de l'organisme où le gène s'exprime, ou même l'organe dans lequel le gène s'exprime. Donc, ces types de changements de l'expression d'un gène qui se trouvent normalement dans l'espèce peuvent aussi produire des traits vraiment nouveaux. Dans certain cas, ces traits nouveaux entraînent des questions de risques. Un exemple actuel est une variété de saumon transgénique qui contient des gènes supplémentaires d'hormone de croissance de saumon, lié à un segment d'ADN. Ce segment d'ADN augmente considérablement les niveaux d'hormone de croissance dans certains tissus. Ces saumons transgéniques montrent une vitesse de croissance 5 à 13 fois plus rapide que la normale.

3. Avec les méthodes de croisement traditionnelles, quand on essaie d'augmenter dans la population un trait désiré (qui est contrôlé principalement par un ou quelques gènes), on ne peut jamais complètement éviter l'augmentation simultanée d'autres gènes liés au gène desiré. Souvent ces gènes liés produisent des traits défavorables au but économique ou à d'autres buts du programme de croisement. Toutefois les méthodes transgéniques permettent d'éviter ces problèmes de gène liés défavorables. L'OVM peut donc montrer plus de traits favorables et moins de traits défavorables, ce qui peut lui donner une santé supérieure dans l'environnement naturel au cas d'une libération accidentalle.

4. Parfois, les gènes introduits par les méthodes de biotechnologie modernes ne restent pas dans une position stable dans les chromosomes de l'OVM. Cela peut poser plusieurs questions de biosécurité.

 

Qu'est la biosécurité?

Le but de biosécurité s'appliquant aux organismes vivants modifiés est d'écarter les impacts sur la santé humaine et l'environnement qui pourraient suivre la libération des OVM. La biosécurité:

(1) anticipe les effets nuisibles possibles qui suivent la libération d'un OVM pendant l'expérimentation et la commercialisation;

(2) établit des systèmes de contrôle pour pour détecter les conséquences adverses qui pourraient résulter;

(3) prépare des stratégies d'intervention pour écarter les effets nocifs possibles sur l'environnement ou la santé humaine, et pour rémédier à de tels effets si cela s'avère nécessaire;

(4) met en place un dispositif de règlementation permettant d'empêcher le développement aussi bien que l'importation d'OVM présentant des risques potentiels.

It est essentiel que les pays acquièrent les capacités techniques et humaines nécessaires à la mise en place et la poursuite de la biosécurité.

 

Quelles sont quelques préoccupations spécifiques concernant les risques des OVM?

La biosécurité cherche à empêcher la production locale aussi bien que l'importation des OVM suivants:

(1) un OVM qui pourrait se propager et supprimer les espèces locales par prédation, compétition, pollution génétique, perturbation d'habitat ou infection et ainsi réduire la biodiversité;

(2) un OVM qui causerait de dégâts étendus à diverses espèces, aux structures et fonctions de la communauté écologique, à la fertilité du sol, ou encore à la pureté de l'eau ou de l'air;

(3) un OVM qui nuirait à la santé humaine à cause de sa toxicité ou ses propriétés allergènes, ou encore par les dommages nutritifs ou métaboliques qu'il pourrait entraîner.

 

Quelques préoccupations concernant la collecte et l'interprétation des données

Les impacts de l'ingéniérie génétique font l'objet de nombreux débats. Le but du présent rapport n'est pas de reproduire tout ce qui a été écrit par les savants et les scientifiques, mais plutôt de discuter brièvement quelques sujets que l'on doit prendre en considération lors de l'acquisition et l' inteprétation des données d'évaluation et de gestion de la biosécurité.

 

Essais sur le terrain et leur dissémination.

Certains types d'essais sur le terrain, ou de dissémination, peuvent fournir d'importantes informations scientifiques quant à l'évaluation des risques des OVM. D'autres, par contre, peuvent être sans intérêt. Citons parmi ces derniers:

1. Essais sur le terrain visant l'utilité commerciale. Ces essais entraînent des études de l'expression des caractères transgéniques désirables dans les conditions du terrain et dans divers milieux génétiques de l'organisme. Ce type d'essai pose la question de savoir si les caractères désirables s'expriment bien et si les organismes transgéniques peuvent survivre en dehors du laboratoire. Ces essais sont souvent dénommés "de dissémination" ou "visant à déterminer les risques écologiques." Il est souvent rapporté, mais cela est inexact, que ces essais montrent qu'un OVM n'entraînera pas de dommages parce que "rien d'imprévu n'a eu lieu." Il est scientifiquement inapproprié de se servir d'essais sur le terrain pour arriver à de telles conclusions alors que ces essais ne furent prévus pour tester ni les traits compétitifs de l'OVM dans une communauté écologique naturelle, ni les conditions nécessaires pour la survie de la communauté.

2. Etudes sur le terrain des caractères écologiquement pertinents. Les essais sur le terrain, même confinés, peuvent fournir beaucoup d'informations quant à la biologie pertinente d'un OVM, à condition que les questions appropriées soient posées et que les données appropriées soient collectées. Ces informations se rapportent, à titre d'exemple, aux taux et conditions de croissance, au potentiel reproductif, au potentiel de transfert latéral de matériel génétique, aux formes apparentées, et aux effets génétiques secondaires sure les exigences nutritives, sur les potentiels de dispersion des graines, ainsi que sur la production de déchets peu communs.

3. Essais sur le terrain pour la performance écologique. Des expériences peuvent être mises en place pur évaluer la performance d'un OVM dans des combinaisons d'espèces écologiquement réalistes. Ces combinaisons peuvent inclure de potentiels compétiteurs, symbiotes, etc.

4. Essais sur le terrain pour les effets de santé. Ceci entraînerait, par exemple, des évaluations de l'exposition des travailleurs à des matériaux présentant des risques potentiels. Ainsi, dans le cas de production de venin de scorpion ou d'araignée dan des plantes cultivées l'on chercherait à déterminer l'exposition des travailleurs agricoles à ces venins et les implications de cette expositions quant aux allergies.

Il est peu probable que toutes les conditions écologiques dans lequelles un OVM peut étre libéré ou disséminé puissent étre testées ou reproduites dans les essais sur le terrain. Il est donc essentiel que les essais sur le terrains soient prévus et mis en place de façon à produire des données scientifiquement crédibles, de façon aussi à tester les hypothèses et donc à rendre possible des décisions relatives à la commercialisation, à l'importation et à l'exportation qui soient réellement informées et valables au point de vue scientifique.

 

 

Œuvres Citées

ABRAC - Agricultural Biotechnology Research Advisory Committee. 1995. Performance Standards for Safely Conducting Research with Genetically Modified Fish and Shellfish. Parts I & II. United States Department of Agriculture, Office of Agricultural Biotechnology. Documents No. 95-04 (63 pp + appendices), 95-05 (40 pp).

Edmonds Institute. 1996. DRAFT Assessment of Genetically Engineered Organisms in the Environment: The Puget Sound Workshop Biosafety Handbook. The Edmonds Institute, 20319-92nd Avenue West, Edmonds, Washington 98020, USA, Tel. (425) 775-5383, E-mail: beb@igc.apc.org

 

Notice Liminaire

Nous tenons à exprimer nos remerciements au Professeur Gisèle Kapuscinski du Monterey Institute of International Studies pour son aide dans la traduction de ce document.

 

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